Chronique
des Anciens de la Rhétorique 1963 de Bonne-Espérance


 

Août 2004. Invitation à tous à la fête de la Moisson à l'Abbaye 2004.

Mon Cher Albert,

J'espère que tu vas bien ; nous avons bien regretté ton absence lors de notre dernier jubilaire de 40 ans de sortie de rhéto;
nous avons beaucoup ri et... ma cave en a pris un coup. Si tu recherches des textes, voici à ton jugement deux exemplaires de discours (2002 et 2003) que je prononce à chaque inauguration de la fête de la moisson que nous organisons sur mes terres avec mon frère et la famille Wanty. Cette fête connaît un succès grandissant rassemblant plus de 100 chevaux et 150 tracteurs ancêtres, locomobiles et autres; 12.000 personnes sont venues l'an passé. Je te joins quelques photos où tu reconnaîtras peut-être certains et si sur beaucoup tu constateras de la neige sur le toit, sois assuré qu'il y a encore du feu dans la cheminée et il en faut pour organiser un tel "bazar"; à ce propos notre rhéto s'est promise de se retrouver (tous?) cette année sur ce site que tu connais puisqu'il se trouve juste en face du Boule..
Le bénéfice de cette fête sert à refaire les vieux murs de l'abbaye qui sont dans un triste état; cette année nous avons financé la réfection d'une toute nouvelle cuisine répondant aux normes européennes  car la cuisine que tu as connue a été fermée par les autorités sanitaires (coût: 6 millions d'anciens francs belges). Ceci en réponse au laïus du Duce qui a paru dans le bulletin et dont nous avions eu la primeur lors de nos retrouvailles.
Nous espérons que tu seras parmi nous  et donc "tous à vos agendas" comme dit toujours notre grand PDG Etienne De Meester et retiens les 20 et 21 août 2004.
Avec toutes nos amitiés bonnespéreuses.

André ROCHEZ
tél/fax:+32 (0) 64370094
 

Le dimanche 6 juin 2004. Bruno Heureux rend hommage à Félix Leclerc à l'Île d'Orléans, Québec.
 

Le semeur de bonheur
A son lot de bons mots
Qu'il dispose où il pose
Son «bonsoir!» dans le noir;
Les enfants et les grands
Se rassemblent et contemplent
Le beau rêve qui se lève
Dans le bleu de ses yeux...
Le tableau d'André Coppens est inspiré de cet extrait du poème de Bruno Heureux en hommage à Félix Leclerc
et est exposé à la Fondation Félix Leclerc sur l'Île d'Orléans.

Du p’tit bonheur au grand bonheur !

 

Félix Leclerc ! Voilà un nom qui, en Europe, ne dit plus grand chose aux jeunes. Par contre, les « vieux » des générations précédentes, amateurs de la « bonne chanson française », se souviennent d’un Québécois, poète à la voix grave, et de ses chansons ciselées comme des petits bijoux : le grand Félix. Cet artiste a été, bien sûr, le chef de file des Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, hier, et de Linda Lemay, aujourd’hui, mais également des Jacques Brel, Georges Brassens, Julos Beaucarne… en un mot, le père de la chanson française à texte. Il avait l’art de ramasser les mots dans la poussière du quotidien, de les lustrer d’un coup de poésie puis de les charger d’un sens qu’il vous offrait en cadeau, pour le savourer, tout simplement, ou, sans en avoir l’air, pour faire réfléchir à la réalité des vécus humains.

Cet homme a bouleversé ma vie, lorsqu’à l’adolescent que j’étais, il a donné le goût des mots, de l’écriture et de la chanson. Et depuis près de 45 ans, modestement, avec mes moyens à moi, j’ai suivi la route de ce maître venu à ma rencontre, par les voies du disque et du livre. Il ne l’a jamais su, mais Félix Leclerc a été pour moi un vrai « Semeur de bonheur », comme je le dis dans une chanson que je lui ai dédiée. J’avais toujours rêvé de lui rendre visite sur son île, mais les années passant, ce rêve me semblait chaque jour de plus en plus inaccessible d’autant plus qu’entre-temps, les souliers infatigables de Félix s’en sont allés arpenter les sentiers feuillus et les rives du grand fleuve au paradis des poètes disparus mais immortels.

Jusqu’au jour où, il y a peu, mon copain André Coppens, invité par Nathalie Leclerc, la fille de Félix, a accroché à la Fondation F. Leclerc ses tableaux inspirés par des chansons du poète québécois et par mon « Semeur de bonheur ». Il faut savoir qu’outre-Atlantique, le talent du peintre de Racour est reconnu avec respect et admiration, de Montréal au Nouveau-Brunswick, en passant par Trois-Rivières, Québec, Rivière du Loup, Saint-Léonard… Je l’accompagnais pour animer le vernissage d’une exposition qui allait se révéler unanimement appréciée.

Imaginez, alors, mon bonheur lorsque, le 06 juin dernier, pendant près de 40 minutes, me sont revenus l’honneur, la chance et le plaisir, immenses et inoubliables, d’interpréter quelques pages de mon répertoire personnel et deux textes du maître des lieux. Quelle jouissance profonde de voir le public prendre plaisir au spectacle d’un grand monsieur (par la taille !!!), au patronyme inconnu mais digne d’un pseudonyme, venu d’un trou perdu de la vieille Europe du nom de Thisnes-en-Hesbaye. Émotion intense, surtout, en voyant Nathalie Leclerc touchée par l’hommage vibrant rendu à son papa par deux artistes belges, deux « cousins » comme on dit là-bas, eux aussi « tombés en amour » pour un artiste encore bien vivant dans leur cœur et dans la mémoire québécoise[1].

J’ai eu à cet instant le sentiment que la boucle était bouclée depuis mon premier cabaret à Bruxelles, au « P’tit Bonheur[2] » (ça ne s’invente pas !), jusqu’à ma prestation sur cette scène prestigieuse où sont passés les plus grands noms de la chanson du Québec et de la francophonie, en des lieux où Félix a passé une partie importante de sa vie ! Quel moment fort, quel souvenir, quel cadeau ! Indicible, indélébile… 

Durant le long trajet de retour vers la Belgique, en découvrant avidement quelques livres de Félix, introuvables en Europe, je me disais que les professeurs de littérature de notre pays rateraient quelque chose d’important en omettant de faire connaître à leurs étudiants cet écrivain de talent, tant le contenu artistique et humain de son œuvre est riche et reste d’actualité… Peut-être Félix Leclerc deviendrait-il alors, pour eux aussi, un « semeur de bonheur »… comme il l’est encore pour moi.

 

Bruno « Heureux » d’avoir croisé la route de Félix… et de Nathalie.

 


Le jeudi 3 juin 2004. Retrouvailles à l'Auberge Harris de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Après ces impressions artistiques et personnelles, j’aborde un autre point essentiel de ce voyage. Ce dernier a, en effet, été également pour moi l’occasion de contacter Albert, de le retrouver et de passer quelques très bonnes heures en sa compagnie ; l’occasion également de faire connaissance avec sa charmante épouse, Lise.

Après quelques minutes, nous avions l’impression de nous être quittés il y a quelques mois à peine, tant Bona Spes nous a marqués et a éclairé notre façon de voir la vie. Quant à l’épouse d’Albert, grâce à sa gentillesse et à une grande ouverture d’esprit, j’ai rapidement eu le sentiment de la connaître et de l’apprécier depuis longtemps, tant les points de convergence de vue et d’intérêt étaient nombreux ! Rencontre tardive pour moi mais vraiment enrichissante… Albert l’avait compris, lui, il y a bien des années, en l’épousant !!! 

Certaines réflexions échangées avec Albert durant le souper qui nous réunissait à l’Auberge Harris à St-Jean-sur-Richelieu, certaines positions prises et certains choix effectués, chacun de notre côté durant nos 40 ans de séparation, se ressemblaient fortement et semblaient avoir été concertés au point d’étonner, d’épater Lise et les quelques amis qui nous entouraient.

Il en est, au sein même de notre rhéto, qui critiquent la formation reçue à Bonne-Espérance, l’estimant insuffisante dans certains domaines comme les maths et les sciences : ils ont peut-être raison... quoique cette « insuffisance » ne m’a pas empêché de réussir (brillamment, faut-il le dire !!!) des études essentiellement scientifiques (pour la kiné) et d’enseigner l’anatomie, la bio, l’analyse du mouvement, la physique… en secondaire, pendant près de 25 ans… Pourtant, en parlant, avec Albert, de cette formation et du terreau qu’elle a constitué  pour que grandisse en nous des valeurs humanistes que nous avons tenu à partager avec tous ceux que nous avons rencontrés tout au long de nos carrières d’enseignants et, simplement, d’hommes, j’ai le sentiment que l’essentiel nous a été donné ; d’où ma reconnaissance pour Celle et ceux qui m’ont permis de constituer ce bagage essentiel pour ma vie personnelle, professionnelle et sociale.

 

Après un bon repas très sympa, une courte nuit et un petit-déjeuner excellent et convivial, nous nous sommes séparés, nous promettant de ne plus attendre 40 ans pour nous revoir !!! Espérons que nous pourrons tenir cette promesse, d’autant plus que, pour moi, ces retrouvailles avec Albert et Lise ont constitué un des moments les plus forts et un des plus beaux souvenirs de mon voyage au Québec…

 

Chers Albert et Lise, comme on dit chez vous, « Veillez bien à vous ! »… Avec de gros becs amicaux !

Bruno très « heureux ».

 


[1] Au Québec et en Acadie, le nom de Félix Leclerc évoque non seulement le grand artiste et le défenseur de l’identité culturelle francophone québécoise mais, surtout, un grand homme, sage, vénérable et respecté.

[2] Comme Moi, mes souliers, Le p’tit bonheur est certainement la chanson de Félix Leclerc la plus connue en Europe.

 

 


Mars 2004. Les énigmes culinaires du Petit Séminaire de Bonne-Espérance.
 

 

Par Claude Freschi (Rhéto 63)

 

Extrait du Bulletin n°152 de l'Association Royale des Anciens Élèves de Bonne-Espérance.
 

Le réfectoire

 

Bien des générations de Bonne-Espéreux s’apprêtant à entamer leurs études d’Humanités dans ce qui était alors un petit séminaire, ont reçu leurs premières informations d’une brochure décrivant les aspects les plus cruciaux de ce qui allait être leur vie ordinaire pendant des années. Ils ne manquaient pas de se réjouir à la lecture du paragraphe qui leur promettait « une nourriture saine et abondante. » On pourra gloser de bien des façons sur cette promesse alléchante, mais force est de constater qu’aucune adynamie générale n’a jamais ravagé les corps des élèves. Une devise d’un abbé de l’abbaye gravée au plafond du réfectoire des philosophes était comprise comme une revendication des pensionnaires qui traduisaient « fortiter et suaviter » par « beaucoup et du bon. »  Cependant, un certain nombre de mets servis durant des lustres n’ont eu de cesse d’intriguer les convives et tant les matières premières que l’art de les accommoder sont issus de recettes dont le mystère fut aussi rigoureusement gardé que le secret de la confession.  Afin de n’ouvrir la porte à aucune équivoque, insistons encore sur le fait que ces propos ne concernent qu’un passé révolu, c’est-à-dire une période de temps antérieure à la moitié des années septante. Passons donc en revue les énigmes les plus caractéristiques

 

Le mammouth

A tout seigneur tout honneur. C’est probablement le plat le plus célèbre de Bonne-Espérance. Il était servi une fois par semaine. Le mammouth consistait en une masse oblongue préparée pour dix personnes. De couleur brun foncé, elle avait la consistance de viande finement hachée mais en plus fluide. Elle était enrobée d’une émulsion rougeâtre qui faisait penser à de la purée de tomate, sans en avoir toutefois la texture, dans laquelle se trouvaient piqués de petits morceaux de cornichons. Seuls ces derniers pouvaient donc être clairement identifiés. Les autres ingrédients n’ont jamais pu l’être, ni par goût direct, ni par comparaison avec quelque autre chose connue.

 

Les boulettes à la sauce blanche

Elles faisaient également partie du menu une fois par semaine. Il s’agissait de boulettes d’un diamètre de deux centimètres dont le calibre ne variait statistiquement que par un écart-type remarquablement réduit. Elles étaient constituées de matières finement moulues. Il était communément admis qu’elles étaient le résultat de récupération de restes, mais de quoi ? Elles contenaient vraisemblablement de la viande, mais ni la couleur gris blanc, ni le goût (n’employons pas le terme de saveur) ne permettaient d’en déceler l’origine. L’abondante sauce blanche était incontestablement de la farine de froment mêlée à de l’eau comme on en utilisait anciennement pour le collage des tapis muraux. Mais le tour de force était qu’elle ne contenait pas le moindre grumeau et qu’elle se présentait sous la forme d’une gélatine opaque nécessitant donc l’addition d’un dispersant particulièrement efficace.

 

Les tranches de rôti

La préparation des tranches de rôti devait également nécessiter une performance hors du commun. Ici, l’origine était claire : il s’agissait bien de viande de porc. Elle était disposée en très fines tranches irisées de couleurs variant du bleu au vert pastel. 

Mais l’exploit venait de ce qu’aucune tranche ne contenait la moindre goutte de jus. A notre sens, même une presse de forge industrielle de dimension moyenne n’aurait eu assez de force pour assécher la viande jusqu’à une telle extrémité. Quel était donc le procédé employé ? La viande avait-elle été préalablement séchée comme de la morue ? Il semblerait que non, puisque, dans cette éventualité, elle eût été salée (ce qui était loin d’être le cas) et, d’autre part, le dessalement dans l’eau aurait laissé des traces d’humidification.

Les couleurs particulières du rôti mentionnées ci-dessus sont vraisemblablement liées au type de traitement appliqué, mais on ne sait dans quel sens les recherches devraient s’orienter.    

 

Le café

Le café – entendons l’infusion de la graine du caféier – n’était servi dans les réfectoires que le soir du jeudi Saint, jour où les professeurs rejoignaient les élèves pour une « collation ». Tous les autres jours, le « café » n’en était pas. Des personnes qui avaient connu la guerre, mais qui n’avaient cependant pas goûté au breuvage, ont suggéré qu’il puisse s’agir d’orge ou de malt grillé. Cette explication est plausible. Cependant, la question se pose de savoir où de telles quantités pouvaient être torréfiées. En effet, on admettra que ces opérations n’étaient plus chose courante à cette époque et que les installations à cet effet devaient être rares. Une autre question est liée à ce problème. On sait que les catherines balayaient les cloîtres en poussant, à l’aide de larges balais, un mélange de sciure de bois et de marc de café. Les professeurs étaient-ils de si grands consommateurs de « vrai » café pour produire de telles quantités de marc ou le marc de « l"autre café » était-il aussi adapté à cet usage ? Dans ce cas, on ne pourra qu’admirer nos chères Sœurs d’avoir fait progresser de si belle façon la science domestique.

 

La confiture de rhubarbe

Ici aussi, le terme de confiture serait plutôt inadéquat car, comme chacun sait, la confiture présente la particularité de ne point couler quand on retourne le pot ouvert. C’était loin d’être le cas ici. Dès lors, il conviendrait d’appeler compote cette préparation saisonnière qui, bien évidemment, coïncidait avec la maturité de cette polygonacée qui poussait dans tous les recoins du potager. La fréquence de son apparition sur la table du déjeuner nous renseignait amplement sur ce point de la botanique. La confiture de rhubarbe avait un côté avantageux, le seul d’ailleurs : elle ne générait pas de phénomène de « goulutage », acte par lequel les premiers servis, surtout dans le petit réfectoire (salle capitulaire réservée aux petites classes), se régalaient d’abondance au point de laisser les derniers, penauds, devant un ravier vide. Cette constatation fera comprendre le succès gastronomique rencontré par la confiture en question. En effet, elle laissait un arrière-goût rappelant vaguement l’huile de ricin. Est-ce là un effet de quelque composé organique d’origine ou synthétisé par la préparation ? Est-ce un ajout délibéré dans l’intention de purifier le sang ardent des adolescents prompt à bourgeonner en furoncles en cette période de l’année ? Toujours est-il que, nous semble-t-il, l’effet eût été le même dans la pratique, avec ou sans huile de ricin. Un matin, un mouvement spontané de révolte renvoya à la cuisine tous les raviers intacts, au grand scandale de la religieuse responsable qui ne comprenait pas pourquoi on boudait une rhubarbe « stérilisée deux ans plus tôt ». C’était sans compter sur l’esprit de suite de nos hôtesses : le lendemain, nous eûmes droit à de la soupe à la rhubarbe …

 

 

La bière

L’eau était la boisson ordinaire à Bonne-Espérance. La boisson ordinaire des élèves, bien entendu. Cependant, de la bière faisait son apparition sur la table en certaines circonstances. La première, solennelle, quand la cloche de la basilique « sonnait à tarte » le soir, c’est-à-dire annonçait l’arrivée de monseigneur l’Évêque le lendemain, évènement qui s’accompagnait de tarte au cours du souper de ce jour. La deuxième, plus fréquente, se reproduisait à chaque samedi de rentrée à la maison. Ce jour-là, le dîner était remplacé par quelques tranches de pain arrosées de bière. Nous ne nous étendrons pas, par respect des convenances, sur la nature de la substance prétendument organique et bovine que les élèves prêtaient à cette bière. Le fait curieux est que cette marque, Chevalier Marin,  est toujours restée introuvable ailleurs qu’au Petit Séminaire. Avions-nous l’honneur de « bénéficier » d’un brassin spécial ? Heureusement, personne n’a eu l’idée d’en faire une bière d’abbaye.   

 

 

Les deux sujets  suivants sont plutôt des mises au point sur des  méthodes de travail qui tordent le cou aux mythes imaginés par des générations d’élèves.

 

Les cannelures du beurre

Disons d’emblée que le beurre était au beurre ce que le café était au café, quoique les surveillants défendissent sévèrement qu’on l’appelât margarine. Mais la question ici n’est pas dans l’essence mais dans la forme. Le beurre (appelons-le donc ainsi en mémoire de nos chers surveillants) était disposé dans des raviers sous la forme de rondelles cylindriques dont la surface latérale était cannelée comme les fûts de certaines colonnes. Et bien, il apparaît, après enquête, que cette géométrie particulière peut être obtenue en poussant la matière dans un moule creux adéquat, également cylindrique et pourvu, en sa paroi interne, des dessins à réaliser dans le sens longitudinal. Le beurre en sort en forme de boudin ainsi orné et il ne reste plus qu’à le débiter en rondelles. Cet examen permet de démentir l’interprétation qu’en donnaient les élèves à l’époque, à savoir que le « cousse » Maurice obtenait les cannelures en passant les rondelles de beurre sur les rainures de son éternel pantalon de velours.   

 

Les boulettes plates

Nous avons parlé des petites boulettes à la sauce blanche dont l’origine était indéterminée. Les boulettes plates, par contre, contenaient indiscutablement de la viande, même si leur composition reste inconnue. Notons que boulette plate est une expression antinomique, mais elle est consacrée par l’usage. La tradition voulait que leur forme particulière eût été le résultat d’un procédé de fabrication original. Elles auraient été obtenues par un mouvement circulaire des bras des catherines qui coinçaient sous chacune de leurs aisselles une portion de viande hachée. L’idée est ingénieuse, mais elle ne correspond malheureusement pas à la réalité. Les boulettes plates étaient trivialement formées à la main. On pourra discuter sur l’efficacité et le rendement horaire de cette dernière méthode, mais la vérité a ses droits, au risque de décevoir bien des Anciens. 

 

Claude FRESCHI 

                                                                    


Novembre 2003. Rencontre des gens d'ici, Thines-en-Hesbaye.

Bruno Heureux, Rhéto 1963, poète de la ruralité, il se fait semeur de bonheur.

 La poésie a sa plus elle plume quand elle puise ses sources dans l'amour. C'est à ce fil que tient ce bonheur si bien décrit par Bruno Heureux.

 "Si tu veux savoir ce qui fait que je suis heureux... "

Qui nous lance cette invitation? Dans un de ses poèmes, l'heureux Bruno Heureux. La réponse, elle s'étend sur nonante-quatre pages et elle se résume en un titre: Chemins et Rencontres (Éditions FDM, Bruxelles).

Les chemins du bonheur, pour notre guide, ce sont d’abord ceux qui sillonnent "sa campagne" " son pays ", ces " chemins de terre qui la rident, " artères d'une terre qui a de la veine et du bon sang ". " Des pavés en dos d'âne, de crevasses en cahots, les pneus et les sabots croient qu'ils vont rendre l'âme", mais " Vieux chemin, mon ami, quand tu me prends la main, je suis comme un gamin qu'on mène au paradis..."

Le bonheur, ne nous faisons pas d'illusion, il entre donc par les pieds. " Mes chemins sont encore longs, pour rejoindre ma maison ". C'est " la mélasse aux godasses ", " les souliers éborgnés ", que le semeur de bonheur, la guitare en bandoulière " raconte des mondes où moutons et lions, puissants et manants font chemin, main dans la main".

Et c'est le carrefour où fusionnent les deux mots qui composent le titre : Chemins et rencontres. Le semeur de bonheur a découvert où vont ces foisonnants chemins qu'on pourrait croire aveugles. Ils mènent à la rencontre.

Cette " HesCliquez ici pour en lire des extraits.baye grasse et brune", mais aussi ce pays d'usines "aux cheminées en ruine ", aux " trois cent mille travailleurs convertis en chômeurs, c'est le rendez-vous avec un peuple de " simples et bonnes gens, Qui transpirent vite du coeur ". Bruno Heureux leur est passionnément fraternel.

Un homme si attentif à la voix des éléments ne connaît pas de frontières. Solidaire d'une Wallonie qui tremble de devenir  "colonie pour un voisin gourmand ", il ne peut refuser sa tendresse à cette " mer du Nord, dont on entend la voix jusque dans l'ancien port", Bruges assoupie dont " la gloire vieillie ne s'est pas effacée", aux " canaux qui s'en courent entre les marécages jusqu'au bout des nuages", aux " paisibles bateaux chargé du lin de Flandre fauché quand il est tendre".

Et quand on ouvre tout grands les bras à l'autre, comment ne pas croiser la route des grands défenseurs de l'humain, le communiste Alexandre Dubcek, le socialiste Seńor Allende, l’élargisseur de frontières John Kennedy ou le doux contestataire Jacques Gaillot ? Comment ne pas frémir, lors des jeux de Munich, quand " les anneaux olympiques se teintèrent de sang " , ou devant la petite Anastasija fuyant le Kazakhstan pour échouer sur les récifs d'une irréductible Belgique.

Va-et-vient entre l'infime et l'immense, entre l'enracinement et l'envol, on ne s’étonne pas que ce livre ait été préfacé par Julos Beaucarne.  Poésie de chansonnier qui sait faire sonner les syllabes, jouer de la phrase comme d'un instrument, arracher toutes leurs harmoniques aux rimes et aux assonances.

Enfin, on ne pouvait rêver de plus superbe contrepoint à ces poèmes que les photos de Gérard Mathieu, où la sensualité la plus concrète épouse le rêve. Si l'amour est le sommet de l'expérience poétique, quand le poète choisit pour objet suprême l'être aimé, il serait surprenant qu'on ne le trouve pas embusqué à tous les tournants de ce recueil et qu'il n'en soit comme la synthèse, amour de la compagne, des enfants, des humbles, des étrangers aussi bien que des frères de race, de la terre proche ou lointaine, du monde et de son au-delà. C'est le lieu où Bruno Heureux forge son bonheur et nous le partage.

Jacques HENRARD,  écrivain et critique artistique à Vers l'Avenir, ancien de Bonne-Espérance (Philo 1940.)
Article repris dans le Bulletin n°152 de l'Association Royale des Anciens Élèves de Bonne-Espérance (mars 2004.)

 

Heureux, Bruno
Chemins et rencontres / Bruno Heureux ; préface de Julos Beaucarne ; photographies de Gérard Mathieu. - Bruxelles : FDM, 2003. - 94 p. : ill. ; 21 cm
12 EUR. BB A 2003 5.522


Le 4 octobre 2003.  Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur : tout ce qui est reçu est reçu en fonction du récipient .

Allocution de Michel Lison pour le jubilé de 40 ans Rhéto 1963-2003.

  Sur la photo : Etienne Demeester, Pierre Courcelle,  Michel Lison,  André Rochez,
Pierre Cassart, Jean-Luc Draguet, Bruno Heureux, Claudio Freschi.

Jean-Marie Dufranne, Christian Delporte étaient aussi présents.

Francis Bouchez, Bernard Gobert et Albert Davoine étaient excusés.

Mes chers amis,

Au moment de prendre la parole pour célébrer la mémoire de notre Rhéto 63, je me sens également confondu et par la grandeur du sujet, et, s’il m’est permis de l’avouer par l’utilité du travail.
Cet exorde quelque peu modifié emprunté à Bossuet dans son Oraison Funèbre du Prince de Condé , décrit parfaitement ce que j’ai ressenti lors de la préparation de ce discours. Grandeur du sujet en effet. Quantitativement d’abord par le nombre d’événements ou d’activités, qui se sont déroulés pendant ces six années et qui, directement ou indirectement, ont marqué notre vie à Bonne-Espérance. En voici quelques-uns livrés en vrac, dont la liste est loin d’être exhaustive et qui sont donnés à titre exemplatif.
Dans le domaine des faits divers, nous avons connu l’épidémie de grippe asiatique, les grèves de 1960 qui nous ont permis de prolonger d’une dizaine de jours les vacances de Noël, la guerre froide entre Kennedy et Kroutchev et aussi les débuts du concile œcuménique et des années « twist et yéyé ».
Sur le plan spirituel, du social et de la culture, il convient de mentionner les représentations théâtrales au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles où, élèves de rhétorique, nous nous rendions tous les deux mois, la venue en nos murs du quatuor Kedrof et de l’orchestre Pro Arte… de Marcinelle (pas de Munich), la cérémonie d’élévation de l’église au rang de Basilique avec la présence très solennelle du nonce apostolique, les retraites annuelles effectuées hors Bonne-Espérance à partir de la Syntaxe, le voyage à vélo en Alsace et les deux pèlerinages en voiture à Lourdes où notre présence auprès des malades en tant que brancardiers a été pour nous une formidable expérience.
Je me dois de parler également des «missions» organisées à Noël et à Pâques dans des paroisses privées de clergé où, accompagnés d’un prêtre de Bonne-Espérance, nous allions célébrer la veillée et la messe de minuit et où nous étions reçus comme des princes à la table des habitants heureux de notre présence et satisfaits sans doute de notre dévouement.

Grandeur du sujet également par la qualité de l’enseignement prodigué et celle de nos maîtres. Permettez-moi d’en épingler quatre d’entre eux qui m’ont particulièrement impressionné.

Monsieur l’abbé Emile GONZE, professeur de mathématiques, de physique et de chimie. Il avait l’humour subtil et l’esprit vif. Il ne se prenait pas au sérieux mais faisait tout très sérieusement.
Il avait vis-à-vis des sciences une conception toute relative (sans jeu de mots) et répétait fréquemment que, sur Terre, rien n’était absolu ni définitif; ce qui est considéré comme vrai aujourd’hui peut très bien être contredit ou démenti demain. Cette position devait nous conduire à être plus tolérants et n’admettre aucun dogmatisme scientifique. Il avait aussi une citation favorite qu’il me plait à ressortir aujourd’hui ; c’était, en latin bien sûr : « Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur ». « Tout ce qui est reçu est reçu en fonction du récipient ». A méditer !

Monsieur l’abbé Jean-Pierre GOSSERIES titulaire de Syntaxe. Dès son arrivée à Bonne-Espérance en 1959, un nouveau souffle se mit à circuler dans l’Abbaye. Il était, ce qu’on appelle de nos jours dans les entreprises, le jeune cadre dynamique qui en veut, plein d’idées nouvelles et disposé à révolutionner la Maison, en un mot, le Messie.
Jusqu’alors, Bonne-Espérance avait connu l’immobilisme par ses traditions immuables et son esprit conservateur ; grâce à l’abbé GOSSERIES, du sang neuf et frais était arrivé. C’est à lui que l’on doit notamment nos voyages en Alsace et à Lourdes ainsi que tous les changements que vous connaissez effectués pendant sa présidence.

Monsieur l’abbé Louis HAUSTRATE titulaire de Rhétorique. Il donnait l’apparence d’un homme fermé, raide comme la Justice, très distant, d’approche difficile, peut-être un peu misanthrope et à l’humour décapant, mais au fond je crois que c’était une personne juste, sensible, d’une très grande timidité qu’il cherchait à cacher sous une carapace impénétrable, à moins qu’il ne s’agisse d’un jeu théâtral car il aimait incontestablement le théâtre et nous faisait partager sa passion. Je le soupçonne d’avoir été intermittent de spectacles au festival d’Avignon où il se rendait quelques fois, car la façon dont il nous en parlait, le bonheur qu’il éprouvait à évoquer le TNP , Jean Vilar, le Cid et Gérard Philippe témoignaient d’une implication personnelle dans cette vie théâtrale, fût-elle virtuelle. Comédien et tragédien à la fois, il se mettait facilement dans la peau de Cicéron ou de Démosthène pour nous faire vivre les plaidoiries de ces orateurs prestigieux. Un vrai maître.

Monsieur l’abbé Charles LEFEVRE titulaire de Poésie. Pour moi, ce fut le meilleur professeur que j’aie jamais eu. Il avait une culture générale époustouflante et son éclectisme était impressionnant. Il pratiquait avec nous l’ironie, non pas l’ironie dans le sens de moquerie, mais cette ironie socratique qui consiste à poser diverses questions, en feignant d’ignorer la réponse, pour nous conduire à des conclusions contradictoires et nous obliger ainsi à approfondir le problème. C’était un Pic de la Mirandole, une encyclopédie vivante, mais aussi un Humaniste et un amoureux de l’Art.

Je pourrais longtemps encore discourir sur Bonne-Espérance, sur son cadre enchanteur, sur sa discipline, sur ses activités sportives, sur son régime religieux et ses offices, etc.… mais à quoi bon être trop long puisque tous ces sujets ont déjà été maintes fois rapportés ou décrits précédemment par les différents orateurs, et ils sont nombreux, qui se sont présentés à cette tribune.

Oui, mes amis, évoquer Bonne-Espérance après 40 ans c’est évoquer une partie importante de sa vie et c’est se trouver devant un sujet d’une indéniable grandeur. Cela était-il utile ? Je le pense, et ce, pour au moins deux raisons. Tout d’abord, ce fut pour moi une maïeutique et une catharsis. Cela fait 40 ans que je cherche en vain à placer ces mots dans la conversation et, enfin, est arrivée l’opportunité de les utiliser devant un public averti. Je rappelle que la maïeutique était la méthode utilisée par Socrate, dont la mère était sage-femme, pour conduire ses disciples à accoucher des vérités enfouies dans leur esprit. La catharsis, purification ou purge, consiste à faire venir à la conscience des sentiments profondément enfermés dans l’inconscient. Voilà bien ce que ce travail a provoqué chez moi. Avant de coucher sur papier les mots de ce discours, (je devrais dire accoucher sur papier), il m’a fallu utiliser les méthodes pratiquées par les sages-femmes et me mettre en situation de travail pour faire vivre et revivre mon passé. Beaucoup de choses sont revenues à la surface, et des sentiments non encore ressentis jusqu’alors, des réponses à des questions oubliées ont fait leur apparition et m’ont permis de porter un regard différent sur certaines situations vécues à l’époque. Vous permettrez, j’en suis sûr, que cela reste mon jardin secret.

Une deuxième raison justifiant l’utilité de cette allocution, c’est qu’elle me permet de réaliser un souhait dont la concrétisation se fait attendre depuis 40 ans également. Je souhaite en effet aujourd’hui remercier ceux qui ont joué, en ce qui me concerne, un rôle important voire primordial lors de mon passage à Bonne-Espérance.
Merci tout d’abord à mes 21 condisciples de rhétorique avec lesquels, sans exception, nous formions une grande famille. Ils ont été pour moi, soit des modèles, soit des complices, soit des confidents, soit les trois à la fois, en tous cas des amis. Je n’ai jamais revu quatre d’entre eux et trois nous ont quittés définitivement.
Merci aussi aux professeurs et aux éducateurs qui, par leur savoir et leur dévouement, ont essayé de nous donner non seulement une tête bien pleine et bien faite, mais aussi une éducation digne de ce nom.
Merci à Notre-Dame pour le soutien et le réconfort qu’elle nous a apportés pendant ces années, et, enfin, merci à vous tous d’être présents, d’avoir bien voulu m’écouter, et, pour rappeler la citation chère à l’abbé Gonze, d’avoir été d’excellents et complaisants «récipients».

Michel LISON
 


Août 2003. Discours inaugural d'André Rochez lors de la fête de la moisson à l'Abbaye 2003.
 

Mesdames et Messieurs,

Au nom de tout notre comité d’organisation
Je vous dis bienvenue à cette dixième moisson.
Notre Cher Président et tous ses bénévoles
Sont fiers de vous avoir sur nos généreux sols.
Y a dix ans nous avions la quarantaine altière
Aujourd’hui nous sommes tous ou à peu près grand pères
Michel Wanty en premier démarra cette année
Avec son quatrième petit fils qui est né
Là dessus les Rochez le prirent de vitesse
En en alignant trois dans la cour de Bonesse
Regardez mes amis ces magnifiques rejetons
Le toit de notre grange mérite son étalon
La descendance est là avec enfants et beaux
Mais voudront ils bientôt reprendre ce flambeau .
Qu’allumèrent y a dix ans leurs fondateurs grands-pères
Pour pouvoir restaurer ce cher vieux séminaire.
C’est aujourd’hui le vœux que je veux formuler
Mais d’avance sur eux je sais qu’on peut compter.
C’est vrai, derrière le bar ils sont depuis dix ans
A l’époque ils étaient de joyeux étudiants
Aujourd’hui devenus des femmes et des hommes
Dans le bar maintenant c’est vrai que ça biberonne !
Comme partout et toujours les choses évoluent
Et mon souhait sera pourvu qu’çà continue !
L’an passé, ce fut notre cheval qui connut les honneurs
Cette fois, ce seront les chevaux à vapeur
Et les tracteurs anciens qui dès la fin de guerre
Ont remplacé les chevaux pour labourer la terre.
Aussi sur notre site ont été rassemblés
Des merveilles de génie et d’ingéniosité.
Les Bulldog avant guerre ont conquis le show room
La campagne résonnait de leur bruyant « boum boum ! »
Avec le plan Marshall, John Deere est apparu
Et leur fameux « pom pom » partout fut entendu
La vie du paysan commença à changer,
La peine au dur labeur fut beaucoup soulagée
Finis de voir trimer des personnes âgées
Finis aussi les filles qui faisaient nos charrées
Et en dessous desquelles nous aimions tant fourcher !
Quel chemin parcouru en quelques cinquante ans,
Ils seraient ébahis nos arrières grands parents.
Les gens de la campagne se sont vite fait la malle
Pour envahir les villes et s’en trouver plus mal
Ils reviennent aujourd’hui dans nos villages dortoirs
Et regoûtent peu à peu les produits du terroir.
Mais dans cet incroyable et fou chambardement
Le tribut fut réglé par nous,… les paysans.
Je vous entends déjà en train de chuchoter
Ça y est, il va encore se remettre à pleurer
Mais je n’en ferai rien car en ce jour si beau
Nous avons parmi nous deux ministres fédéraux
Qui de par leur présence illuminent ce grand jour
Elles sont femmes qui plus est, et galants comme toujours
Nous savons que déjà elles connaissent leurs dossiers
Et sauront certainement comment nous assister
Et puis un jour de fête on ne cherche pas querelle
Vous êtes ici chez vous madame Arena , madame Laruelle.
Et puis sont arrivés nos confrères anglais
Avec sur leurs camions parfaitement sanglés
Leurs tracteurs à vapeur et charrue balancelle,
Pour fêter avec nous, ils passèrent le Channel
Ils sont seuls anglophones au milieu de wallons
Pour nous remémorer les vieilles traditions
En 1914, nos terres confisquées
Par ces grosses machines ont été labourées
Et devant leur courage dédaignant le péril
Me revient à l’esprit la phrase de Churchill
A propos de la RAF et la bataille de Londres
Jamais si peu d’hommes n’en firent autant pour un si grand nombre
En anglais c’est plus beau et surtout plus concis
Never so few have done so much for so many !

Gentlemen, You’re welcomed and thanks for your kindness
And now I invite you to drink a good Bonesse
Il n’y a pas besoin ici de traducteur
Bonesse est à nous tous commun numérateur.

André ROCHEZ


Août 2002. Discours inaugural d'André Rochez lors de la fête de la moisson à l'Abbaye 2002.

Mesdames, Messieurs,

Au nom de tout notre comité d’organisation,
Je vous souhaite bienvenue à cette neuvième moisson.
Notre Président Michel Wanty et tous nos bénévoles
Sont fiers de vous avoir sur ces généreux sols.

Cette année, notre cheval de trait sera mis à l’honneur
Il le mérite bien, ayant fait le bonheur
De tous ces grands éleveurs que furent nos aïeux
Qui jour après jour d’un travail minutieux
Ont fait de ces petits chevaux d’antan
De splendides animaux à la force de géant !
Admirez mes amis ces terribles destriers
Habillés de leurs plus scintillants baudriers
Grâce à eux nos parents ont pu bien se nourrir
Et durant les deux guerres beaucoup ont dû périr
Pour défendre nos vies et notre liberté,
A toute la Belgique, ils ont beaucoup donné.
Ce furent, ce sont de véritables héros
Des fortunes furent faites et défaites sur leur dos !
La vie du paysan se calquait sur la leur,
Djunant, dînant, r’cinant et soupant aux mêmes heures.
Leur départ de nos champs a changé la nation
A muté, bouleversé la civilisation.

Où sommes-nous aujourd’hui, sous quel process ?
Le gain de tout cela nous l’avons dans le stress !
De leur temps, il est vrai, le travail était rude,
Mais chez le paysan y avait moins d’inquiétude,
Moins peur du lendemain et l’argent qu’on gagnait
Méritait la sueur qui sur les fronts coulait.
Je vous entends déjà en train de chuchoter
Çà y est le paysan va finir par pleurer !

C’est vrai, depuis cinq ans de façon pamphlétaire
Dissimulée un peu par la rime de mes vers
Je vous parle des soucis de nous, gens de la terre
Et je vous ai fait part de toute notre déprime
Parce qu’on a fait de nous de vrais chasseurs de primes !
Mais comme au Golgotha, le drame est consommé
De la fin de la PAC, l’heure a maintenant sonné !
Cet an, 2000 confrères ont encore disparu
Et un service de secours a même été prévu
Pour porter assistance à tout désespéré
On appelle AGRICALL avant de se suicider.
Mais le vrai paysan ne baisse jamais les bras
Et s’il n’en reste qu’un je serai celui là
Dirai comme mon grand père : « on a déjà vu çà ! »
Et reprends mon semoir en criant : « hue et dia ! »

Oublions nos malheurs, place à la bonne humeur !
De vous avoir ici c’est vraiment du bonheur !
Pour vous agrémenter nous avons tout prévu,
Si le soleil est là vous ne serez déçus.
Des délicieux produits de la ferme des Clarines
Vous pourrez j’en suis sûr, vous lècher les babines,
Pour les tracteurs, nous avons un bel itinéraire
Gambadant tout autour de notre séminaire ;
Les aînés pourront ressasser le passé
Au milieu de belles fleurs et des gerbes de blé ;
Les enfants en chariot pourront se balader
Et les blagues de Papet s’en iront répéter
A leurs parents en train de faire bombance
Avant de regagner la grande piste de danse.
Mais trêve de bavardages, je pars à toute vitesse,
Boire à votre santé une bonne Bonesse !

André ROCHEZ


Le 16 novembre 2001. Michel Lison nous fait part du décès de notre ami Luc Lefèvre.

  Luc après un match de football

À moins que tu ne sois déjà au courant, je te fais part du décès de Luc Lefèvre. Je viens de l'apprendre de la bouche d'un de ses patients qui était un de mes collègues aux ACEC. Jean-Luc nous avait déjà signalé son mauvais état de santé mais je ne pensais pas que c'était à ce point. Son décès remonte déjà à un mois . Il aurait succombé à un cancer du foie.
A propos de Luc, il est vrai qu'il était inconditionnel de la Stella et que cela a pu lui jouer un vilain tour. Je me souviens de lui à Bonne-Espérance. Il nous arrivait très fréquemment d'aller ensemble tracer les lignes au terrain de foot. Cela nous permettait, momentanément éloignés de la discipline traditionnelle, de discuter ensemble et de fumer une bonne cigarette Laurens ( la préférée de Luc) alors que les autres en étaient interdits.
Je l'ai suivi ensuite à Louvain (Leuven) où nous avons connu des soirées et des nuits mémorables sous et sur la table. Les cours passaient souvent en second.
En 1964, il m'avait invité à passer les trois jours du Carnaval chez lui à Binche. Il était Gille. Ce fut un des meilleurs moments de ma vie. Avec André Rochez, je crois pouvoir dire que j'étais celui qui le connaissait le mieux J'étais un peu son confident. Sa grande qualité était la générosité. Il n'hésitait pas à partager ce qu'il avait et à donner. J'ai passé d'excellents moments avec lui. Je ne suis pas prêt à l'oublier.


Le 27 août 2002. Albert Davoine édite sur Internet ce site souvenir
à l'adresse http://www.bonne-esperance.org/rheto63/
et il invite tous les amis de 1963 à lui communiquer les messages, textes et photos qu'ils désireraient partager sur Internet.
Les messages seront affichés sur cette page. Envoyez vos documents à albert (at) davoine.ca


Le 24 août 2002
Michel Lison envoie à Albert Davoine quelques photos d'archives en sa possession.


Le 4 août 2001.
Claude et Béatrix Freschi, Jean-Luc et Nadine Draguet, Michel et Viviane Lison, Albert et Lise Davoine se retrouvent pour une soirée amicale de dégustation de fromages et de discussions animées chez Pierre et Andrée Cassart.


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