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Commentaires |
Le Conseil du Trésor.
Albert Davoine, professeur de gestion au Collège Lionel-Groulx, met à la
disposition de ses élèves et de ses amis une sélection de ressources et des
textes riches qui permettent de prendre un temps d'arrêt et de réflexion sur
les organisations de même que sur ceux et celles qui la composent. Sous la
plume de l'auteur, les « Lettres de Relance » et l'essai « Diriger autrement »
méritent particulièrement le détour.
Secrétariat du Conseil du Trésor. Gouvernement du Québec.
Merci mille fois.
Ce petit mot qui n'est qu'une simple expression de l'immense gratitude que
j'ai à votre égard. Vous êtes plus qu'un simple professeur académique. Vous
m'avez appris à mieux vivre. Grâce à vous, je me rapproche continuellement de
l'homme que je veux devenir. Avec tout le respect que je vous porte. Merci
mille fois.
Jean-François
Commentaires de Martin Blais, professeur émérite de l'Université Laval, Québec, sur la Lettre de Relance : « L'esprit déformé. »
Quand je relis votre message et que je vois que vous demandez de la lumière à votre « petit comité de lecture », j'hésite à vous faire parvenir mes humbles réflexions. Votre lettre aurait pu s'en passer : elle était déjà fort intéressante. Mais, puisque vous désirez mon opinion, je vous fais parvenir mes commentaires au cas ou l'un ou l'autre vous serait utile.
« Je fais de la formation, pas de l’éducation » (La directrice).
Les mots éducation et formation ne s’excluent pas en français. Pour en prendre conscience, il suffit d’ouvrir le petit Robert au mot éducation :
« Mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain. » Si l’on poursuit la lecture, on rencontre les expressions suivantes : éducation professionnelle (fournissant aux jeunes gens la connaissance d’un métier, d’une technique); éducation physique, éducation sexuelle, éducation politique, éducation civique, etc. Nous, nous parlons d’éducation morale.
Le Robert semble faire une distinction entre la formation et le développement humain. Il me semble que l’on pourrait remplacer la conjonction et par ou. Selon moi, former un être humain ou développer un être humain, c’est la même chose. C’est lui faire acquérir des qualités; ces qualités peuvent être physiques ou corporelles, morales, intellectuelles, religieuses (Cf. L’échelle des valeurs humaines). Les qualités intellectuelles appartiennent à l’intelligence spéculative (ordonnée à la recherche de la vérité) ou à l’intelligence pratique, qui dirige le faire (arts, techniques) et l’agir (activité morale). Mais on rencontre parfois le mot faire englobant l’agir. On dit faire l’aumône comme on dit faire un meuble.
«… les bonnes manières… »
Elles commencent à s’enseigner dans la famille, mais elles doivent s’enseigner partout où se fait de la formation, et l’on n’a jamais fini de se former. Je dirais, en jargon actuel, que les bonnes manières font partie des
« compétences transversales », c’est-à-dire qui ne sont pas confinées à une discipline; des compétences que toutes les disciplines doivent développer à l’occasion. Par exemple, tout enseignant doit se soucier du français de ses élèves. Il ne doit pas se dire que l’enseignement du français est la responsabilité des seuls profs de français. Il en est ainsi, je pense, des bonnes manières. Certaines bonnes manières sont communes à tous les métiers, à tous les services, mais il y en a de particulières à chaque métier, à chaque service. Certains bonnes manières sont particulières au serveur de restaurant.
« … le droit de prêcher leur vérité et de l’imposer aux autres…
»
Ceux qui prétendent posséder une parcelle de vérité n’ont pas le droit, mais le devoir de la faire connaître aux autres. Mais il ne faut pas que ce soit leur vérité, mais la vérité. Cependant, il ne faut jamais chercher à l’imposer; il faut la proposer avec humilité, c’est-à-dire être disposé à réviser ses positions si les auditeurs y incitent par leurs questions et leurs objections.
Et ici, je distingue entre le domaine spéculatif et le domaine pratique. Dans le domaine spéculatif, la vérité ne s’impose qu’en faisant l’évidence de ce que l’on dit; on ne peut pas forcer une intelligence à adhérer aux idées que l’on expose. On peut imposer l’étude du marxisme, mais on ne peut pas forcer les étudiants à adhérer aux thèses de Marx. Dans le domaine pratique, c’est différent : on ne peut pas faire l’évidence que tels moyens sont les meilleurs pour atteindre telle fin. Un général d’armée peut imposer son plan de bataille; un chef d’entreprise peut imposer ses méthodes, mais ni l’un ni l’autre ne peuvent forcer leurs subordonnés à penser que leurs plans sont les meilleurs.
« L’humanité a appris à croire, à dire et à faire. Il nous faudrait peut-être réapprendre à penser, à écouter et à agir. »
Ces deux phrases m’ont donné du fil à retordre; je ne suis pas à l’aise avec l’enchaînement de ces verbes. Ils évoquent la démarche naturelle de l’intelligence humaine. Voici comment elle se présente à mon esprit. On commence par croire - on n’a pas le choix. Vous connaissez sans doute le texte de Descartes, au début (3e page) de la deuxième partie du Discours de la méthode : " Pour ce que nous avons tous été enfants avant que d’être hommes,… " Tout au cours de l’histoire, des penseurs ont noté ce trait de la condition humaine et les conséquences qui en découlent. Au XIIe siècle, Abélard l’a fait au début de son Dialogue entre un philosophe un juif et un chrétien. Augustin a écrit un traité intitulé De l’utilité de croire.
À ce sujet, vous avez de magnifiques textes dans Alain, Philosophie, tome I, p. 260-261. On commence par croire, mais, quand la raison se développe, il est normal qu’on mette en question ses croyances, qu’on les mette en doute au contact des lectures que l’on fait ou des opinions que l’on entend. C’est alors le moment d’écouter ce que les autres ont dit sur l’objet de la question. C’est la méthode qu’a développé Abélard : Sic et non, Oui et Non : les pour d’un côté, les contre de l’autre.
Dans mon esprit, les deux phases citées au début s’intégreraient pour devenir : croire, penser (se poser des questions sur l’objet de sa foi humaine, douter, écouter), faire ou agir - le faire pouvant englober l’agir.
« … l’esprit déformé, l’esprit pratique… »
Les jugements portés sur une personne dépendent de celui qui les porte. N’importe qui a l’esprit déformé aux yeux de quelqu’un. Moi, je dis que Jean-Paul II a l’esprit déformé parce qu’il a vécu sous un régime communiste. Il comprend mal la démocratie. Jean-Paul II dirait sans doute que j’ai l’esprit déformé.
Déformé signifie qui a perdu sa forme. En ce sens, on comprend facilement ce que signifie déformé quand on l’applique à un chapeau ou à un soulier : le chapeau ou le soulier ont perdu leur forme première. Appliquée à un esprit, l’épithète revêt une signification moins claire. L’esprit a-t-il déjà eu la bonne forme ou bien ne l’a-t-il jamais eue ? L’éducation peut facilement déformer les esprits. Ces esprits-là, on les dira déformés par rapport à une forme idéale qu’ils auraient dû avoir, selon ceux qui portent le jugement.
L’expression esprit pratique évoque chez moi son pendant l’esprit spéculatif. Le domaine pratique englobe le faire et l’agir, donc l’action concrète. Une personne qui a l’esprit pratique est capable d’appliquer hic et nunc les théories apprises et l’expérience accumulée. À l’école, après avoir expliqué la théorie, on donne des travaux ou des exercices pratiques. On peut avoir l’esprit pratique tout en ayant un esprit déformé… La déformation professionnelle, comme on dit, n’abolit pas le caractère pratique d’un esprit.
Le levier humaniste reste à mettre au point ou à inventer.
La partie de mon cours que je vous ai relaté est une introduction à un cours
d'Achat et un autre de Gestion de Production que j'assure dans des filières
techniques à l'Université de Metz. Elle est destinée à expliquer comment les
entreprises sont devenues, à ce point, en compétition et à la recherche de
profits.
En fait, si les entreprises étaient décathloniennes, elles "achètent" maintenant
les services des champions du monde de chaque discipline en achetant des
produits élaborés qu'elles incorporent à leur propres produits, les rendant
ainsi plus performants, moins chers, plus fiables, plus rentables : les
constructeurs automobiles fabriquent environ 25% de leurs voitures et en
achètent 75% auprès de leur équipementiers qui sont fabricants de pompes à eau,
de freins, d'alternateurs et qui vendent à tous les constructeurs le même type
de produits. Ils produisent des séries plus importantes de produits semblables
donc à des coûts unitaires plus faibles, mais aussi proposent des produits mieux
conçus parce qu'ils sont leur coeur de métier.
J'aimerais que ces entreprises et les autres puissent avoir ce rôle citoyen et
humaniste que vous décrivez, sans vraiment croire que cela puisse arriver dans
un avenir proche. En effet, le contexte dans lequel elles évoluent est
économique avant tout. Il y a effectivement des pressions de l'opinion publique
qui les obligent à modifier leurs pratiques soit directement (certaines parce
qu'elles faisaient travailler des enfants ou des esclaves, d'autres exemples
existent) soit à travers des lois qui sont finalement adoptées par des états
(interdiction de l'utilisation des CFC et de l'amiante). Dans chacun de ces cas,
la sanction pour les entreprises a été économique et très contraignante.
D'une autre manière, aujourd'hui et en Europe au moins, l'environnement fait
vendre. On voit donc fleurir des chartes de respect de l'environnement dans la
communication publicitaire des entreprises. C'est une vitrine, c'est de la
"communication". J'ai des doutes quant à la réalité de l'action et à son
efficacité. Mais considérons que c'est un premier pas et que les autres
viendront.
Chaque fois que le levier économique n'a pas été utilisé, l'effet est quasi nul
comme c'est le cas pour les gaz à effet de serre où rien ne bouge de manière
significative. Je ne sais pas dire si ces gaz ont les effets qu'on leur prête.
Simplement je veux illustrer le fait que le seul levier pour les faire bouger
semble être ce levier économique parce que les entreprises sont dans cette
sphère et que leur survie tient à leur équilibre financier.
Comme vous, j'aimerais voir changer ces comportements mais les pressions
économiques s'accentuent avec l'ouverture de l'Asie qui produit vraiment moins
cher que nous et des pays de l'ex bloc de l'Est qui sont nos voisins en Europe
et nos concurrents avant de devenir, demain, de nouveaux débouchés.
Les entreprises devraient créer et distribuer de la richesse, mais si on leur
applique les théories de Maslow, elles sont préoccupées aujourd'hui par leur
survie et ces considérations humanistes n'ont que peu de chances de les toucher.
Je pense qu'elles ont un réel problème "d'être".
Peut-on considérer que l'immobilisme sur les gaz à effet de serre c'est un moyen
de ne pas les pénaliser un peu plus, de leur laisser le temps de s'adapter à ce
qui sont déjà des contraintes fortes ? Il est évident également que toutes ne
sont pas dans cette situation quasi apocalyptique que je parais décrire :
Microsoft, General Electric et nombre d'autres semblent hors de danger...
D'ailleurs il est incontestable que nous vivons en pleine société de
consommation donc alimentée par l'industrie de production de masse. Celles là
pourraient avoir un autre comportement mais les principes humanistes n'ont pas
été un aiguillon suffisant.
Les grandes entreprises Européennes n'ont pas abandonné la R&D et l'adaptation
aux marchés au point où vous l'expliquez pour votre côté de l'Atlantique.
Cependant, si les PME sont de plus en plus innovantes souvent dans des niches ou
dans des technos de pointe, il y a nombre de secteurs d'activité dont elles
disparaissent pour laisser la place à des groupes de plus en plus grands qui ont
la surface financière pour gérer à la fois le développement réclamé par les
clients et des fabrications de plus en plus élaborées et consommatrices de
capital.
L'actionnariat des grandes entreprises côté Europe est différent, si j'en juge à
ce que les medias en disent. Les fonds de pension commencent à arriver seulement
et la donne pourrait changer en devenant plus « court-termiste » ici
aussi.
Le levier humaniste reste à mettre au point ou à inventer. Chapeau tout de même
à toutes ces entreprises qui savent s'adapter, imaginer de nouveaux moyens de
poursuivre leur développement même s'il n'est, pour le moment, qu'économique.
Comment capter cette énergie considérable un peu plus dans le sens du bonheur de
notre communauté ?
Thierry Pace, CONSULTRADE, chargé de cours à l'Université Paul Verlaine à Metz, France.
Le mardi 24 janvier 2006. Un gros merci.
J'aimerais vous féliciter pour votre site riche en information et en motivation
concernant la gestion d'entreprise. Étant présentement aux études en multimédia,
je songe sérieusement à démarrer ma propre entreprise et en cherchant sur
"Google", je suis tombé sur votre site. J'aime votre façon de voir les choses et
je risque de fréquenter votre site souvent. Merci.
Maxim Cabana
Le lendemain du mardi 11 septembre 2001.
Bienvenue, Henri !
Je suis heureux de te souhaiter la bienvenue dans notre monde. Nous en avons
souvent honte, mais, que veux-tu ? il est tellement difficile à changer. On a
l'impression de travailler en vain; on a parfois l'impression que la situation
empire au lieu de s'améliorer.
Comment faudra-t-il de siècles avant que les humains vivent d'amour, comme dans la belle chanson de Raymond
Lévesque ? Un peu penauds, nous quitterons bientôt te laissant - et à ceux
de ton âge - une tâche redoutable à achever. Bon courage !
Un vieillard, Martin Blais
Cher Professeur Blais,
Je disais justement ce matin à mes étudiants en gestion que : « La planète
va aller mieux, parce qu'il va y avoir de plus en plus de monde correct au
kilomètre carré...» ( Citation de Benoît Aubin dans
l'Actualité, édition du 25e anniversaire, page 102.)
Pourquoi ?
Parce qu'il y a des gens comme vous qui ont consacré leur vie à éveiller les
consciences, à témoigner du respect, à ramasser leurs déchets, à revendiquer et
à pratiquer la justice...
Parce qu'il y partout des mères, des pères, des profs, et des vrais chefs...
Et un tas de connards aussi, mais enfin, au kilomètre carré, des gens corrects de
plus en plus nombreux.
Et il y a encore des vieillards qui rêvent et qui chantent comme des enfants.
Une chanson tantôt gaie, tantôt triste, mais il chantent encore.
Et les petits enfants s'endorment et font encore de beaux rêves.
Passez une belle soirée, mon cher professeur.
Albert Davoine, le grand-père d'Henri.
Merci de votre visite. Au revoir !