Albert Davoine - Archives du journal - Onzième année- 2009
Depuis le mois de mars, le journal est publié sous la forme d'un blogue à même adresse : www.davoine.ca/journal
Vendredi 20 février 2008. Science et management.
Arlette m'envoie cette blague, qui voile la réalité. Comme le dit si bien Doris
Lussier : « Quand la vérité n'ose pas aller toute nue, la robe qui l'habille le
mieux, c'est l'humour.»
Un homme, dans la nacelle d’une montgolfière ne sait plus où il se trouve. Il
descend et aperçoit une femme au sol. Il descend encore plus bas et l’interpelle
: « Excusez-moi ! Pouvez-vous m’aider ? J’avais promis à un ami de le rencontrer
et j’ai déjà une heure de retard car je ne sais plus où je me trouve. »
La femme au sol répond : « Vous êtes dans la nacelle d’un ballon à air chaud à
environ 10 m du sol. Vous vous trouvez exactement à 49° 28’ 11’’ Nord et 8° 25’
58’’ Est ».
« Vous devez être ingénieur » dit l’aérostier.
« Je le suis », répond la femme, « comment avez-vous deviné ? »
« Eh bien », dit l’aérostier, « tout ce que vous m’avez dit à l’air
techniquement parfaitement correct, mais je n’ai pas la moindre idée de ce que
je peux faire de vos informations et en fait je ne sais toujours pas où je me
trouve. Pour parler ouvertement, vous ne m’avez été d’aucune aide. Pire, vous
avez encore retardé mon voyage. »
La femme lui répond : « Vous devez être un chef. »
« Oui, » répond l’homme avec fierté, « mais comment avez-vous deviné ? »
« Eh bien », dit la femme, « vous ne savez ni où vous êtes, ni où vous allez.
Vous avez atteint votre position actuelle en chauffant et en brassant une énorme
quantité d’air. Vous avez fait une promesse sans avoir la moindre idée comment
vous pourriez la tenir, et vous comptez maintenant sur les gens situés en
dessous de vous pour qu’ils résolvent votre problème. Votre situation avant et
après notre rencontre n’a pas changé, mais comme par hasard, c’est moi
maintenant qui à vos yeux en suis responsable ! »
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Jeudi 19 février 2009. Désarmement.
La guerre la plus dure, c'est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se
désarmer. J'ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible. Mais
je suis désarmé. Je n'ai plus peur de rien, car l'amour chasse la peur. Je suis
désarmé de la volonté d'avoir raison, de me justifier en qualifiant les autres.
Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses. J'accepte
et je partage. Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets. Si
l'on m'en présente des meilleurs, ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons,
j'accepte sans regrets. J'ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel,
est toujours pour moi le meilleur. C'est pourquoi je n'ai plus peur. Quand on
n'a plus rien, on n'a plus peur. Si l'on se désarme, si l'on se dépossède, si
l'on s'ouvre à l'amour qui fait toutes choses nouvelles, alors, l'amour efface
le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible. (Patriarche
Athénagoras).
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Mercredi 18 février 2009. Le goût de l'avenir.
Quand l'inspiration me manque, et que vous, mes chers lecteurs assidus, négligez
de m'écrire et de m'alimenter ainsi par vos questions ou vos commentaires, je
m'en vais fouiller, au bas de cette page, dans les archives de ce petit journal,
et je redécouvre un texte de Michel Venne, publié dans Le Devoir du lundi 12
janvier 2004. Cinq ans plus tard, ces réflexions sont toujours criantes
d'actualité :
« Il est encore temps de prendre des résolutions pour 2004, et je vous en
soumets une qui change des promesses de faire plus d'exercice et de cesser de
fumer. Elle m'est inspirée par l'écrivain français Jean-Claude Guillebaud qui
nous propose de retrouver, comme l'indique le titre de son dernier ouvrage, le
goût de l'avenir.
Avoir le goût de l'avenir, c'est vouloir gouverner celui-ci, écrit-il. C'est
refuser qu'il soit livré aux lois du hasard, abandonné à la fatalité ou, pire
encore, à la domination des puissants, aux logiques mécaniques, au déterminisme
technologique ou aux lois du marché. C'est «être habité par l'idée du lendemain
à construire» et «renoncer au renoncement contemporain». C'est rejeter la
dictature du présent. C'est «réapprendre à dire non» et mettre en pratique le
beau slogan des altermondialistes : Un autre monde est possible.
Une certaine gaieté nous fait défaut, selon Guillebaud. «La joie véritable que
nous avons perdue, c'est celle de l'aube, celle des printemps, du lilas, des
projets.» Il nous presse également de redécouvrir les colères véritables,
«celles qui engagent».
Il s'agit, en somme, de réhabiliter l'espérance en un monde meilleur, évanouie
dans le tumulte de la vie quotidienne et dont l'érosion nous est dissimulée par
l'incantation obsessionnelle du changement. L'espérance est, avec la liberté,
l'antidote à l'autoritarisme. »
Guillebaud a écrit : « Il ne faut pas confondre, encore une fois, les valeurs
sur lesquelles une société doit prendre appui, se bâtir, se fonder pour ainsi
dire, et un projet technologique ». D’où le titre de son ouvrage paru aux
éditions du Seuil en 1999 : La refondation du monde, pour tenter de trouver sur
quoi une société, la nôtre, peut prendre appui.
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Mardi 17 février 2009. Pétrarque, premier des grands humanistes de la
Renaissance.
À ceux qui, pour un moment, sont doges, je conseille de bien observer ce que je
leur mets sous les yeux, comme dans un miroir, qu'ils sont des chefs et non des
seigneurs, pas même des chefs, mais les premiers serviteurs du peuple.
(Pétrarque. Venise. Lettre de mai 1355.)
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Lundi 16 février 2009. NIHIL AGIMUS SED GERIMUS BENE!
Durant le week-end, une vielle amie me disait ironiquement, à propos du travail
accompli : « Chez nous, nous ne faisons rien, mais nous le faisons bien.» Ce à
quoi un autre renchérissait : « Avec plus de passion, et moins de moyens.»
« Quand la vérité n'ose pas aller toute nue, la robe qui l'habille le mieux,
c'est l'humour.» (Doris Lussier)
Pour le chef, le passage trop rapide à l'acte est souvent l'indice d'un manque
de vision. Il oublie sa mission et remplit des mandats, il gère ses dossiers,
mais il ne dirige pas. Ce qui fait dire à certains que l'entreprise manque
d'âme, qu'on y cherche une présence... Mon père, colonel, philosophe et
humoriste, disait à ses jeunes officiers: « Un chef, ça ne fait rien, mais ça se
lève tôt pour le faire ! » Le chef ne devrait pas négliger de ne rien faire...
pour être présent. »»»
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Vendredi 13 février 2009. Bonne chance !
À moins d'être paraskevidékatriaphobe, aujourd'hui est un jour de chance,
surtout si vous êtes arrivés par hasard sur mon site sans prétention. Ces pages
sont dédiées aux jeunes, de 7 à 77 ans, qui dirigent, leur vie et leur
entreprise, et qui savent encore s'arrêter, découvrir et partager. Des chefs qui
ont, pour mission, modestement, de changer le monde et qui ont, comme
consolation, humblement, le sens de l'humour. Alors, pour demain, je vous
souhaite une bonne Saint-Valentin !
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Jeudi 12 février 2009. Le chef libérateur.
L'homme n'est pas l'outil, l'homme est le but ultime
et l'entreprise n'est qu'une aventure humaine
engagée pour servir le bonheur quotidien.
Le chef n'est qu'un soldat qui doit, servant les autres,
n'obéir humblement qu'à sa mission d'aimer. »»»
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Mercredi 11 février 2009. La quête et la grâce.
Découvrir, c'est, au hasard du chemin, mettre en lumière ce qui est couvert,
caché. C'est apercevoir au loin une lueur d'espoir dans la brume, et faire un
pas en avant pour s'en rapprocher. C'est buter sur une pierre et la soulever
pour y trouver un autre monde grouillant de vie.
La curiosité est une attitude fondamentale de l'homme. Il cherche depuis
toujours à découvrir le sens de sa vie. Mais, comme le disait déjà le sage
Lao-Tseu : " Le chemin est sous tes pas ! ", c'est donc en marchant, dans
l'action, que se précise le sens, la direction que nous prenons et que nous
indiquons aux autres.
Cette quête est un travail quotidien que l'humain recommence à chaque âge de la
vie, et qui exige de lui une disponibilité, une réceptivité que Denis,
entrepreneur et golfeur, associe à la grâce. »»»
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Mardi 10 février 2009. Des perles avant le déjeuner.
Mon ami Normand m'a fait parvenir ce texte hier : une histoire vraie qui fait
réfléchir.
Un musicien de rue était debout dans l'entrée de la station L'Enfant Plaza du
métro de Washington DC.
Il a commencé à jouer du violon.
C'était un matin froid, en janvier dernier.
Il a joué durant quarante-cinq minutes.
Pour commencer, la chaconne de la 2e partita de Bach, puis l'Ave Maria de
Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et de nouveau Bach.
A cette heure de pointe, vers 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé
ce couloir, pour la plupart en route vers leur boulot.
Après trois minutes, un homme d'âge mûr a remarqué qu'un musicien jouait.
Il a ralenti son pas, s'est arrêté quelques secondes puis a démarré en
accélérant.
Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant
droit devant, une femme lui a jeté l'argent dans son petit pot.
Quelques minutes plus tard, un quidam s'est appuyé sur le mur d'en face pour
l'écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher...
Il était clairement en retard.
Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon qui devait avoir
trois ans.
Sa mère l'a tiré, pressée mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le
violoniste.
Finalement sa mère l'a secoué et agrippé brutalement afin que l'enfant reprenne
le pas.
Toutefois, en marchant, il a gardé sa tête tournée vers le musicien.
Cette scène s'est répétée plusieurs fois avec d'autres enfants.
Et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger.
Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien, seules sept personnes se
sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps.
Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en en continuant leur marche.
Il a récolté 32 dollars.
Quand il a eu fini de jouer, personne ne l'a remarqué.
Personne n'a applaudi.
Une seule personne l'a reconnu, sur plus de mille personnes.
Personne ne se doutait que ce violoniste était Joshua Bell, un des meilleurs
musiciens sur terre.
Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites,
avec un Stradivarius de 1713 valant 3,5 millions de dollars !
Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston
était « sold out » avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.
C'est une histoire vraie.
Joshua Bell jouant incognito dans une station de métro a été organisé par le «
Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et
les priorités d'action des gens.
Les questions étaient :
• dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir
la beauté ?
• Nous arrêtons-nous pour l'apprécier ?
• Pouvons-nous reconnaître le talent dans un contexte inattendu ?
Références :
Pearls Before Breakfast, by Gene Weingarten, Washington Post Staff Writer.
Sunday, April 8, 2007; Page W10
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007/04/04/AR2007040401721.html
Moi, je vous pose la question : le chef s'arrête-t-il pour percevoir la beauté,
reconnaître le talent dans son entreprise ?
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Lundi 9 février 2009. Accident.
Sur les autoroutes, les voies rapides de nos vies,
dans nos carrefours embouteillés,
des tas de voitures, des tas de ferrailles se croisent,
se dépassent, se suivent, se bousculent. »»»
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Vendredi 6 février 2009. La prospection est une activité stratégique.
Elle doit occuper la moitié du temps du représentant.
Un tiers des clients changent, ils doivent être renouvelés chaque année.
Une heure de planification de la prospection équivaut à dix heures de travail
éparpillé (bâtissez-vous une chaîne de clients potentiels).
Le représentant débutant doit habituellement rencontrer 10 prospects pour
obtenir 1 client régulier.
N'oubliez surtout pas de fidéliser vos clients fidèles. »»»
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Jeudi 5 février 2009. J'ai le trac pour vendre.
J'ai le trac. Parce que je dois vendre. Et c'est la même chose à chaque vente,
c'est toujours comme si c'était la première fois. Je ne sais rien d'eux. Je ne
connais pas les clients. Quelle va être leur réaction ? Vais-je être accepté ou
rejeté ? »»»
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Mercredi 4 février 2009. La relation d'aide professionnelle.
Une rencontre d'affaires, une représentation, une vente professionnelle,
peuvent-elles donner du sens à la vie ?
Un ami pédagogue m'a fait un jour remarquer que ce qui générait du sens, c'est
ce qui amène la libération, la créativité et la complicité entre humains.
Le représentant compétent qui, par son écoute active, amène son client à réduire
son ignorance ou à calmer ses inquiétudes, fait œuvre de libérateur.
Le professionnel, qui révèle à son client ses opportunités d'action, face à un
problème bien circonscrit ensemble, fait un travail de création.
L'être humain qui regarde, prête l'oreille, et tend la main à un autre être
humain, se fait complice de son prochain.
Et cela, ça a du sens. C'est cela, l'essentiel. »»»
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Mardi 3 février 2009. Aimer encore.
Se battre avec respect pour défendre un petit,
la mère et le vieillard, et protéger leur nid.
Regarder l'assaillant comme un autre être humain,
avec lequel la paix sera faite demain. »»»
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Lundi 2 février 2009. Les dix commandements.
Une grande amie de longue date m'a fait parvenir ce matin ces dix maximes que je
ne connaissais pas. Vous les connaissez sans doute ! On les retrouve affichés un
peu partout à travers le monde, que ce soit sur les murs des bureaux ou les
portes de réfrigérateur à la maison. On les mentionne dans de nombreuses
publications et conférences. Mère Thereza en avait même fait mettre une copie
sous forme de poème sur le mur de Shishu Bhavan, le foyer des enfants à
Calcutta. Ils ont touché des millions de personnes et c’est Kent M. Keith qui en
a rédigé la première version en 1968 pour l’inclure dans une brochure
s’adressant à des leaders étudiants. Les voici, tirés de son livre Les dix
commandements paradoxaux, publié aux Éditions Michel Lafon (2003 - Tirage
épuisé).
1. Les gens sont déraisonnables, illogiques et égocentriques. Aimez-les quand
même.
2. Si vous êtes désintéressé, les gens vous prêteront des motifs égoïstes et
calculateurs. Soyez désintéressé quand même.
3. Si vous réussissez, vous gagnerez de faux amis et de vrais ennemis.
Réussissez quand même.
4. Le bien que vous faites aujourd’hui sera oublié demain. Faites le bien quand
même.
5. L’honnêteté et la franchise vous rendent vulnérable. Soyez honnête et franc
quand même.
6. Ceux qui voient grand peuvent être anéantis par les esprits les plus
mesquins. Voyez grand quand même.
7. Les gens aiment les petites gens, mais préfèrent suivre les puissants. Luttez
pour les petites gens quand même.
8. Ce que vous avez mis des années à bâtir peut être détruit du jour au
lendemain. Bâtissez quand même.
9. Les gens ont besoin d’être secourus, mais certains se retourneront contre
vous si vous les aidez. Aidez-les quand même.
10. Si vous donnez au monde le meilleur de vous-même, vous risquez d’y laisser
des plumes. Donnez le meilleur quand même.
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Vendredi 30 janvier 2009. Écouter le bonheur des autres.
Le chef doit être à l'écoute de son entreprise. Bien écouter, c'est ausculter,
scruter plus profondément, derrière les voix et les bruits de la vie, le murmure
du changement.
En prêtant une oreille attentive au vrai sens des paroles, on peut discerner les
intentions, les besoins, les espoirs, autant que les craintes, les suspicions et
les mensonges. L'homme attentif écoute en silence, avec ce calme intérieur qui
permet de peser chaque parole et chaque geste de l'autre, sans y substituer sa
propre interprétation.
Une telle écoute exige une connaissance et un contrôle de soi exemplaires. C'est
parce qu'il a cet état d'esprit, ce désir, ce talent, que le chef est un homme
hors du commun des mortels qui ne se préoccupent que de leur propre bonheur ; le
chef doit être à l'affût, à l'écoute du bonheur des autres, car il a pour
mission de prendre soin du bonheur de la société. »»»
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Jeudi 29 janvier 2009. Le bonheur.
Lorsque nous étions réunis à table et que la soupe fumait, Maman disait parfois:
« Cessez un instant de boire et de parler ».
Nous obéissions... « Regardez-vous », disait-elle doucement. Nous nous
regardions sans comprendre, amusés.
« C'est pour vous faire penser au bonheur », ajoutait-elle. Nous n'avions plus
envie de rire...
« Une maison chaude, du pain sur la nappe, des coudes qui se touchent: voilà le
bonheur », répétait-elle à table.
Puis le repas reprenait tranquillement. Nous pensions au bonheur qui sortait des
plats fumants et qui nous attendait dehors, au soleil. Et nous étions heureux.
Papa tournait la tête, comme nous, pour voir le bonheur jusque dans le fond du
corridor. En riant, parce qu'il se sentait visé, il disait à ma mère: « Pourquoi
tu nous y fais penser, à ce bonheur ? »
Elle répondait: « Pour qu'il reste avec nous le plus longtemps possible ».
Julos Beaucarne
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Mercredi 28 janvier 2009. Pour faire suite à un petit comité d'idéation : la
différence marketing,
L'apport principal du marketing est d'insister sur la différenciation de notre
produit. Le marketing, c'est l'éloge de la différence sur le plan commercial.
Vous ne vendez pas n'importe quel produit, vous vendez votre image de marque, la
marque de l'artisan, de l'artiste, fier de signer son oeuvre. »»»
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Mardi 27. Louvain School of Management.
Mon ancienne grande école en Belgique devient la Louvain School of Management.
That’s nice ! Good Luck !
Mais vu d’ici, au Canada, où on se bat bec et ongles pour faire vivre la langue
française, on ne comprend pas bien pourquoi, après s’être séparée des
Flamingants, Louvain s’est faite Neuve, pour devenir anglaise. Pourquoi pas
simplement une École de gestion où on enseignerait l’art de diriger, avec toute
notre culture française : des chansons de geste, des siècles de lumières, des
silences de la mer. Nos amis anglo-saxons ont-ils mieux fait que nos pères qui
ont arraché le charbon, défendu l’Yser, et mondialisé la bière ? J’aime bien
leur slogan : «Excellence & Ethics in Business». Oui, il faut enseigner
l’éthique, si cela se peut. Mais, au-delà des mots, il faut surtout forger le
sens, le sens des affaires. »»»
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Lundi 26 janvier 2009. Le management, un art poétique.
Une grande amie de longue date m'a fait parvenir une liste de définitions du
management, recueillies auprès de professeurs d'une prestigieuse école
d'administration. Passons sur les borborygmes bureaucratiques et pseudo
scientifiques, aux antipodes du travail de l'artisan et de l'artiste engagé,
pour constater enfin, fort humblement, avec certains auteurs, que : « le
management est bien plus (et bien autre chose) qu’un ensemble de techniques et
de pratiques ne répondant qu’à des impératifs d'efficacité et d'efficience sur
lesquels tous s’entendent », et que : « je serais malheureusement bien incapable
de formuler une définition au-delà d’une généralité tautologique peu instructive
du genre : le management c’est ce que font les gens (en particulier mais pas
uniquement les gestionnaires) pour contribuer au fonctionnement des
organisations. » Pour ma part, je vois la gestion comme un art poétique. Pour
les Grecs anciens, le poète était un forgeron : il forgeait des mots, pour en
faire du sens. Quel sens donnons-nous encore au mot : gérer ? »»»
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Vendredi 23 janvier 2009. Avoir l'esprit déformé.
« Nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes avec la même façon de penser que
celle avec laquelle nous les avons créés. »
Albert Einstein
L'humanité a appris à croire, à dire et à faire. Il nous faudrait peut-être
réapprendre aussi à penser, à écouter et à agir. »»»
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Jeudi 22 janvier 2009. Le mirage du changement.
La condition essentielle à tout changement est la recherche de la vérité, et
l'acceptation du risque de la solitude. Aucun changement ne s'accommode du
moindre mensonge. Ou alors, nous courons vers les mirages dans le désert, nous
achetons du cinéma. »»»
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Mercredi 21 janvier 2009. Yes, we can !
Quand ce qui nous anime déplace les montagnes,
Parce que le risque est grand
De voir passer le temps d'aimer.
Oser.
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Mardi 20 janvier 2009. I have a dream.
En tant que chef d'entreprise, de quel droit générons-nous des changements de
société si ce n'est pas pour le bien des autres, pour des finalités qui
conviennent à l'humanité, dans l'humilité du renoncement au gaspillage, à la
gloriole, à la domination ? Renoncer même finalement au pouvoir pour nous amener
à assurer la relève, pour aider les autres à apprendre... Apprendre quoi ? À
respecter, et à tendre passionnément, en humains autonomes et responsables, vers
le beau, le bien, le vrai. >>>
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Lundi 19 janvier 2009. Chez Miche.
Hier, je voulais inviter mon dernier flirt, celui qui dure depuis presque
quarante ans, au brunch dominical dans le restaurant où je rencontre parfois mes
mentorés. Fermé. Merci aux clients qui nous ont encouragé depuis quelques mois.
Fermé. Une cuisine succulente, une serveuse souriante. Fermé. Il y avait
pourtant un mentor dans ce restaurant, mais il était assis et se faisait servir.
Je me sens triste, car c'était une belle petite entreprise, des gens aimables.
J'espère seulement qu'il pourront réussir une faillite.
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Vendredi 16 janvier 2009. Arrêter pour avancer.
J'ai revu Catherine hier. Sa jeune compagnie est en croissance, elle a un beau
plan stratégique, et elle donne un excellent service. Mais, après tant d'années
passées comme directrice dans autre entreprise, Catherine, comme la plupart des
nouveaux entrepreneurs, dit devoir faire un effort chaque matin pour se
retrouver dans la peau d'une présidente. La peau, en effet, enveloppe le corps
et le corps supporte la tête. Mens sana in corpore samum, aurait dit un premier
ministre. Catherine m'a fait un sourire complice. Elle m'a quitté en me disant :
« au revoir et merci, je vais aller marcher et m'arrêter un peu, car j'ai un
autre rendez-vous, avec ma présidente.. » Coïncidence ? En 1992, un ami commun
m'avait demandé d'écrire une Lettre de Relance à l'intention d'un ancien
président de l'entreprise où Catherine avait fait ses premières armes. La
voici...
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Jeudi 15 janvier 2009. Générer le sens.
Le chef est, avant tout, un générateur de sens. Le sens se retrouve dans
l'intention, dans la passion et dans le talent. Mais, en plus de retrouver le
sens, il faut le générer...
Une vie heureuse, une vie qui a du sens, c'est une vie qui a appris à connaître
le bonheur dans les trois mouvements de l'âme : la liberté, la découverte et la
complicité.
Le chef, le serviteur qui accompagne les autres sur le chemin de l'école de la
vie, le bon pédagogue, sait, depuis des millénaires, que l'esprit humain
s'épanouit, se métamorphose, quand il apprend à penser librement, à découvrir la
vérité sous les pierres, parfois pesantes, du chemin sur lequel l'homme s'engage
en se faisant complice des autres humains. >>>
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Mercredi 14 janvier 2009. Le courage de s'arrêter.
Martin est inquiet, il se pose des questions. L'angoisse existentielle et la
remise en question font partie du processus de réalisation de soi et, grâce à
elles, une personnalité peut grandir, s'accomplir, se dépasser. Mais cela
suppose un temps d'arrêt, et le courage de s'arrêter. Le chef d'entreprise doit
savoir s'arrêter.
S'arrêter, c'est remettre en question l'horizon qui nous fascine. Et s'il n'y
avait rien derrière cette ligne théorique ? L'horizon a quatre coins
imaginaires. Dans quelle direction marchons-nous ? Vers la lumière ou vers le
néant ? Le risque est grand, qu'en nous arrêtant, nous constations que nous
faisons fausse route.
Les mythes de la société de consommation que nous entretenons, consciemment ou
non, par nos habitudes quotidiennes, ne survivent pas longtemps à l'absence de
leurs rituels. Coupés du monde, du bruit et de la foule, nous réalisons assez
rapidement combien nous sommes seuls, vulnérables et dépendants des autres.
Nous nous apercevons aussi que, si notre vie ne tient qu'à un fil, qu'il suffit
de peu de chose pour nous faire vivre : un peu d'eau et de pain, un toit, une
amitié. La paix suffit bien souvent à nous rendre heureux. Rompre, c'est aussi
renoncer : renoncer à notre toute-puissance et abjurer notre foi dans le
superflu. S'arrêter, c'est penser à tout cela. Et les pieds dans la boue, le nez
dans le brouillard et les oreilles au vent qui hurle, chercher une lumière, un
point de repère pour se frayer un chemin, pour tracer une piste pour soi, et
pour ceux qui suivent. C'est dur d'être le chef, Martin, être celui qui marche
en avant. La rupture est un exercice physique et spirituel difficile.
Lire la suite...
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Mardi 13 janvier 2009. Un vieux.
Une de mes gentilles étudiantes m'a écrit hier : « arrêtez de dire que vous êtes
vieux ! » Pour moi, le mot vieux est cependant synonyme de savoureux, espiègle
et respectable. Savoureux comme le vieux vin, espiègle comme un vieux truc, et
respectable comme un vieux con.
« Tiens, sur les vieux, de Valérie Dessureault-P, vétérinaire je crois, bien:
Stagiaire, j'ai eu la joie d'avoir un vieux pour mentor. Il me trouvait stupide.
Ne répondait pas à mes questions, se foutait de moi. La meilleure des écoles.
Aujourd'hui je m'en ennuie d'autant plus que, vous ne me croirez peut-être pas,
je n'ai aucun vieux dans mon entourage. Pas de grand-père, rien. Savez-vous,
monsieur Foglia, si ça se loue, un vieux? Un vrai. Qui râle. Qui radote. Qui
chicane. Qui connaît tous les vieux trucs et ignore tous les nouveaux. Un vieux
con, quoi. » (Pierre Foglia, LA PRESSE, 13 novembre 2008)
Il est bon aussi de relire le classique : on devient vieux parce qu'on a déserté
son idéal.
« La jeunesse n'est pas une période de la vie, elle est un état d'esprit, un
effet de la volonté,
une qualité de l'imagination, une intensité émotive,
une victoire du courage sur la timidité, du goût de l'aventure sur l'amour du
confort.
On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d'années : on devient
vieux parce qu'on a déserté son idéal.
Les années rident la peau; renoncer à son idéal ride l'âme.
Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis
qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la
mort.
Jeune est celui qui s'étonne et s'émerveille. Il demande, comme l'enfant
insatiable : Et après ?
Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi. Aussi vieux que votre doute.
Aussi jeune que votre confiance en vous-même. Aussi jeune que votre espoir.
Aussi vieux que votre abattement.
Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif. Réceptif à ce qui est beau,
bon et grand. Réceptif aux messages de la nature, de l'homme et de l'infini.
Si un jour, votre coeur est mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme,
puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard. »
(Général Douglas MacArthur citant le poème Youth de Samuel Ullmann, écrit en
1870.)
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Lundi 12 janvier 2009. Écouter pour réussir.
Écouter d'abord en silence cette voix qui monte à l'intérieur de nous même, et
qui nous dit ce qui est bon, ce qui est beau, ce qui donne un sens à notre vie.
Écouter ensuite nos clients, les gens que nous servons. Ces gens qui sont la
raison même de l'existence et du développement de notre entreprise.
Lire la suite...
Bienvenue à mes étudiants en communication !
Je vous souhaite une belle session d'hiver 2009 !
Vous trouverez votre journal de classe ici.
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Vendredi 9 janvier 2009. Gérer l'intangible.
Gérer, c'est essentiellement prévoir, organiser et contrôler. Comment donc «
pré-voir » sans vision ? Toutes nos planifications stratégiques et tous nos
modèles prévisionnels à régressions multiples ou lissages exponentiels ne
remplaceront jamais la passion, le rêve, le grain de folie qui met le feu aux
poudres de la réussite. Mais le rêve, c'est intangible...
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Jeudi 8 janvier 2009. Le travail accompli.
Notre premier patron chez A.C.NIELSEN, Lyle Moodie, un ancien officier de la
Royal Canadian Air Force, nous avait communiqué un des textes les plus concis et
les plus pratiques qu'il nous ait été donné de lire sur le management. Ce
mémorandum interne du Pentagone, daté de 1944, était intitulé "Completed Staff
Work".
Lisez la suite, et relisez-le souvent...
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Mercredi 7 janvier 2009. Le chef, une présence rassurante.
Il nous faut repenser le rôle du chef d'entreprise, du leader, quand on annonce
des années de vaches maigres ou folles : un chef, c'est avant tout une présence
rassurante. Mais nous avons trop souvent abdiqué de notre rôle de leader. Nous
sommes devenus de bons gestionnaires, c'est tellement plus raisonnable,
scientifique, et acceptable dans une société qui se veut démocratique.
Le leader est une personne essentiellement présente. Le chef démocratique
détient son autorité du fait qu'il ou elle a su rallier le consensus des gens
autour des valeurs fondamentales, autour d'une mission d'entreprise. Le chef
incarne donc ce qu'il y a de plus fragile, de plus invisible, de plus essentiel
: le sens de l'entreprise.
Lettre de relance de juin 1989, encore d'actualité en janvier 2009.
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Mardi 6 janvier 2009. Épiphanie. Danger ! Gare au gourou !
Selon la fable, c'était la mouche qui pensait qu'elle faisait avancer le coche.
De nos jours on fait appel au coach pour faire courir les salariés. Quelques
années en arrière on appelait "social engineering" les manipulations
psychologiques mais il semble que cette expression soit devenue tabou. Les mots
changent, les maux restent ! Le coaching est donc le nouvel évangile du
productivisme et de la mondialisation.
(Source : RLEB. Robert Billon.)
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Lundi 5 janvier 2009. Le mentorat.
Le mentorat d'affaires est une relation fondée sur un engagement libre et
volontaire basé sur la confiance et le respect mutuels. Une personne
d'expérience, le mentor, accompagne un entrepreneur, le mentoré.
Le mentorat d'affaires est reconnu actuellement comme l'une des mesures les plus
efficaces pour assurer le suivi et l'encadrement des entrepreneurs et dirigeants
de toutes les sphères de l'économie. Par le biais du mentorat d'affaires,
l'entrepreneur ou le dirigeant est assuré de se doter plus rapidement de
compétences de bon gestionnaire et du même coup d'assurer la survie, voire la
croissance de son entreprise. Le mentorat vient briser l'isolement que connaît
tout entrepreneur ou dirigeant, enrayant ainsi le découragement de la prise de
décisions hâtives et sous-évaluées tout en lui permettant de développer son
plein potentiel et sa détermination à réussir.
(Source : Fondation de l'entrepreneurship.)
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Télémaque et Mentor
Dans la mythologie grecque, Mentor, est le précepteur de Télémaque, fils
d'Ulysse.
Né à Ithaque, Mentor est un ami de longue date du roi Ulysse, qu'il assiste
régulièrement de ses conseils. Lorsque Ulysse quitte son royaume pour participer
à la guerre de Troie, il confie à Mentor l'éducation de son fils et la gestion
de son patrimoine.
Mentor devient donc le conseiller d'Ulysse, qu'il guide dans ses choix. Quand
les prétendants cherchent à contraindre Pénélope à choisir parmi eux un nouvel
époux qui deviendrait ipso facto le nouveau roi d'Ithaque, c'est Mentor qui
pousse Télémaque à partir rechercher son père.
Selon Homère, c'est la déesse Athéna qui, sous les traits de Mentor, s'adresse à
Ulysse et à son fils pour leur dispenser ses conseils et les protéger.
Dans Les Aventures de Télémaque, paru en 1699, Fénelon donne un rôle
considérable à Mentor. Dès le début du XVIIIe siècle, son nom passe dans la
langue comme substantif pour désigner un guide, un conseiller accompagnant une
personne qui est moins expérimentée ou débute dans une fonction. (Source :
Wikipedia)
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